Retour à l’accueil

 

 

Le 21 mai 1944, 20 personnes sont arrêtées à Landerneau

 

 

L'arrestation préalable du père de François PENGAM

 

François PENGAM père

à l'époque, Directeur adjoint de l'Office

Central de Production Agricole

(devenu COOPAGRI)

 

 

C'est d'abord le père de François PENGAM qui est arrêté par le Kommando de LANDERNEAU.

L’hypothèse d’une confusion est envisageable, du fait qu'il porte le même prénom que son fils et que François fils travaille comme son père à l’office central de production agricole.

 

Dans une lettre du 14 février 1945 qu'il adresse au Procureur de la République de QUIMPER, il raconte :

 

 

 

« Le dimanche 21 mai 1944, à 3 heures du matin, j'ai été arrêté par la Gestapo allemande et mis au secret.

Puis vers les 8 heures du matin, mon fils PENGAM de LANDERNEAU a été également arrêté.

 

Dans la même nuit, un grand nombre de jeunes gens de LANDERNEAU avaient également été arrêtés.

 

Personnellement, j'ai été relâché le soir même, et tous les jeunes gens ont été mis en liberté quelques jours après, sauf mon fils qui fût le 27 mai condamné à mort par le Tribunal de Guerre, et fusillé le jour même à Brest, comme franc-tireur... 

 

 

 

 

 

 

L’arrestation des « Gars d’Arvor »

 

 

 

Cette même nuit du 21 mai 1944, sont arrêtés des jeunes appartenant au patronage landernéen : « Les Gars d'Arvor » qui étaient également employés à l'Office Central . Outre François PENGAM : Jean QUINTRIC, Auguste ABEGUILLE, Jean LE PAGE, François CORRE, Pierre DUHOT, Edmond POCHON, Eugène SALIOU, Christian L’HER et Henri LAGADEC (parmi d’autres). Ils sont emprisonnés au Manoir de COLLEVILLE à LANDERNEAU, attachés, interrogés et  certains torturés par SCHAAD.

 

 

 

Ce qui était le Manoir de Colleville à Landerneau, aujourd’hui transformé en appartements

 

 

 

 

Madame Marie QUINTRIC, veuve de Jean QUINTRIC et sœur de François et de Louis CORRE, se souvient de cette nuit du 21 mai 1944 :

 

« Cette nuit là, des soldats allemands sont venus avec des chiens et des lampes chez ma mère où je me trouvais avec mes frères et ma sœur. Notre habitation n'était pourtant pas facile à trouver.

Le sergent Herbert SCHAAD, très arrogant, s'est assis sur le lit et j'ai craint que toute la famille ne soit embarquée. Ils ont emmené mes deux frères, François et Louis.  

Les jeunes résistants ont été emprisonnés au Manoir de COLLEVILLE et enfermés séparément dans des petites chambres. 

Mes deux frères ont par la suite été relâchés sans avoir été torturés. Mais Jean QUINTRIC, qui devint par la suite mon mari, a été frappé dans le dos à tel point qu'il en a gardé des séquelles toute sa vie. Je pensais que François PENGAM avait été tué et enterré sur place. »

 

 

 

 

Pierre LE GOFF, Jean KERMARREC, Jean QUINTRIC, François OMNES, Louis CORRE

 

 

Les gars d’Arvor avec notamment Jean KERMARREC, Louis CORRE, Jean QUINTRIC, Jean LAGADEC, François OMNES.

 

 

Jean LE PAGE est libéré le 1er juin. De la sorte, il put continuer son action et participe à la libération, d'abord à Landerneau, puis à Brest et dans les environs au sein de la « Section Spéciale Franche Pengam ». Puis il s'engage dans la marine et décède à 25 ans accidentellement en temps de paix, en service commandé, au cours d'un exercice.

Jean LE PAGE

 

Jean LE PAGE dit "Jeannot" sur le capot;
derrière lui à gauche, Edmond Pochon, derrière la voiture à gauche René TUDAL à droite jacquot DOLOU ; à droite de la voiture, Louis COAT ; casqué : Mr ILVOAS(ou son beau frère ?) charcutier sur le pont de Rohan.

Photo prise juste après la libération de Landerneau par une personne de la mairie au dépôt « javel Lacroix », la traction aurait été « empruntée » au garage LE HIR …

 

Edmond POCHON (photo ci-dessus) se souvient :

 

« Je suis arrivé à Landerneau fin 1941 à la suite de l'évacuation par les Allemands de mon quartier du Merle Blanc entre la gare et le port de commerce à Brest. Comme je faisais du foot à l'Armoricaine, je me suis rapproché des Gars d'Arvor. J'ai rencontré  Fanchic Pengam (François était surnommé Fanchic) et Jean Rozec, avec qui je me suis lié d'amitié en dehors du patro (le patronage « les gars d’Arvor »). Nous sortions ensemble le dimanche au match et dans les pardons de la région, faisions beaucoup de sport, plus particulièrement du vélo. »

 

Jean Rozec;  Edmond Pochon;  François Pengam
mai 1944

 

 

 

 

Jean Rozec;  François Pengam;  Edmond Pochon
mai 1944

Photo prise sur la cale de Logonna  vraisemblablement par Jacques Kerhoas (fondateur des classes de mer)

 

Ces photos, prises quelques jours avant la rafle du patronage sont particulièrement émouvantes, montrant des jeunes gens apparemment insouciants malgré leur engagement, ignorant les sombres nuages s’accumulant au dessus de leur tête.

 

 

 

 

 

       Fanchic s'était engagé fin 1942 à « Défense de la France » et moi en 1943 à l'ORA (organisation de résistance de l’armée) auprès de Louis Coat. Nous parlions peu de nos engagements réciproques , l'époque n'était pas sûre et on se méfiait des oreilles qui pouvaient traîner.

 

      Le dimanche 21 mai 1944, je descendais de Saint Houardon avec 7 ou 8 copains. En arrivant au pont de Rohan, j'ai vu ma mère qui arrivait; et au même moment, j'ai été cravaté, je n'ai rien vu venir.

 

J'ai été le seul arrêté. Amené chez moi, la maison a été entièrement fouillée y compris chez les voisins, l'un d'entre eux a également été embarqué car il avait chez lui une chemise kaki. Sur le chemin, un copain m'a fait un signe, il a été lui aussi emmené. Nous avons été mis en cellule environ une quinzaine dans la même pièce.

 

 Le soir nous avons pu sortir pour aller aux toilettes, j'ai vu un camarade qui avait « dérouillé » bien qu'à ma connaissance, il ne faisait pas partie d'un réseau. Je n'ai pas vu Fanchic. Au fil des jours et des interrogatoires, la cellule s'est vidée, je me suis retrouvé seul.

 

 Une nuit j'ai entendu Fanchic appeler: « Edmond ! pour toi ils ne savent rien,  j'ai tout pris sur moi, ferme ta gueule et tu t'en tireras ».

 

 Cette même nuit, vers 5 heures du matin, il y a eu du bruit dans le couloir et dans la cellule de Fanchic. Il y avait dans la porte de la cellule une ouverture en losange qui permettait de nous surveiller. Je suis petit, je n'ai pas vu directement Fanchic partir, j'ai vu uniquement le haut des fusils et je pense qu'il avait été enchaîné car j'ai encore dans l'oreille le bruit des chaînes.

 

 J'ai été libéré plus tard. Quel jour?, je ne me souviens plus. Schaad est venu me voir et m'a dit: «On sait que vous faites partie de la résistance, nous n'avons pas de preuves contre vous mais on vous aura. Avant de vous laisser partir, je vais vous donner à manger », et j'ai eu une assiettée de maïs.

 

 

E. POCHON pensait, lui aussi, que François, avait été exécuté le jour même alors qu’il ne le sera que quelques jours plus tard après un passage à Pontaniou.

Libéré, il continuera le combat au sein de la Section Spéciale Franche Pengam.  (voir ce chapitre)

 

 

 

Pierre DUHOT, arrêté vers 10 heures ce jour là, raconte :

 

 

 

 

Je connaissais très bien Fanchic, nous étions en classe ensemble à saint Louis ; il était très débrouillard et assez facétieux… …Je me souviens que parfois, quand le professeur arrivait, il ouvrait la porte et se cachait derrière… il faisait des choses qu’on n’aurait pas osé faire…

 

Au patro, on faisait du sport, notamment on jouait au relais dans la cour…

 

Le matin des arrestations, il y avait chez nous une grande réunion de la résistance à laquelle assistaient de nombreux responsables.

 

Notre domicile était un important lieu de résistance, des armes et beaucoup d’autres choses compromettantes y étaient cachées.

 

Par un incroyable coup de chance, je suis descendu en ville avec mon père dans la matinée et, par hasard, nous avons rencontré un jeune des «Gars d’Arvor» qui a couru vers nous pour nous dire : «Filez vous cacher, les allemands arrêtent tous les Gars d’Arvor !». Nous avons pu rentrer en catastrophe pour prévenir tout le monde et faire le ménage avant que les allemands n’arrivent. La maison a été entièrement fouillée sans qu’ils trouvent rien. Sans cette rencontre, ça aurait été une catastrophe pour la résistance du secteur.

 

Nous avons été vingt arrêtés ce jour là.

 

Dans notre cellule, nous étions une dizaine. Le soir, on nous a descendu dans la cour, Fanchic n’était pas là.

 

Il y avait Schaad et de nombreux hommes en armes. On nous a interrogé chacun notre tour. Tout le monde niait bien entendu faire partie de la résistance.

 

Nombre de ceux qui étaient là en étaient pourtant, mais on ne se connaissait pas forcément comme tels entre nous, certains étaient FFI, d’autres FTP ou autres et même au sein du même groupe c’était très cloisonné.

 

Après que j’ai été entendu, Schaad m’a dit «Vous pouvez aller ».

 

J’ai répondu « Moi, je peux aller mais tous les copains là ? Ils ne sont pas coupables, on n’est que des copains qui se réunissent pour faire du sport…»

 

Schaad est alors entré dans une grande colère, et m’a dit que, puisque c’était comme ça, il me gardait et que je serai fusillé le lendemain.

 

J’ai été ramené dans ma cellule ; un allemand est venu me voir, m’a parlé par le judas et m’a dit «Tu es fou, pourquoi as-tu été dire ça ? Tu vas être fusillé, c’est moi qui viendrai te chercher…» je n’étais pas très fier…

 

On était dans la même cellule avec Fanchic, je vous assure, on passait notre temps à prier…

 

Fanchic a été appelé dans le bureau où il y avait Schaad avec un secrétaire ; Schaad a été appelé dans la pièce à côté, François nous a dit : «  il y avait une mitraillette sur la table, j’ai failli la prendre et les fusiller tous quand ils seraient revenus, j’ai pensé à vous, ils vous auraient tous fusillés immédiatement ; alors je me suis calmé, j’ai laissé, et quand il est revenu, je lui ai fait remarquer la mitraillette sur la table ; Schaad n’a rien dit, mais j’ai tout avoué (des armes avaient été trouvées lors des perquisitions), vous allez être libérés, moi, vous ne me reverrez plus ».

 

Ma sœur est venue plaider ma cause auprès des allemands, elle a pris de gros risques, je lui en suis toujours reconnaissant ; j’ai été libéré ensuite ; je n’ai plus revu Fanchic .

 

 

 

 

 

 

 

Texte rédigé par les résistants landernéens :

LES GARS DE LA RESISTANCE

 

Monsieur CLOAREC, Capitaine de frégate, arrêté, lui, le 23 mai 1944, a partagé lui aussi la cellule de François PENGAM.

 

Lors du procès du Sergent SCHAAD, chef de la Gestapo de LANDERNEAU,  M. CLOAREC est appelé à témoigner. Alors qu'est évoquée l'arrestation des gars d'Arvor, SCHAAD essaie de se disculper :

 

Herbert SCHAAD : «  Les jeunes gens ont été arrêtés par la Gestapo de Brest »

M.CLOAREC : «Non, j'ai été dans la cellule de PENGAM qui répétait « Seigneur, sauvez-moi », et c'était bien vous qui l'aviez fait arrêter. Vous aviez d'ailleurs tous pouvoirs en ce sens. »

 

 

 

Remerciements à Madame Marie QUINTRIC, à Edmond POCHON, à Pierre Duhot pour leurs témoignages, leur photographies et les documents qu’ils nous ont aimablement procurés.

 

Le sacrifice de François Pengam

 

accueil