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Fernand TIRBISCH témoins des derniers jours de Francic à Pontaniou

 

 

C'est un père à la recherche du corps de son fils qui écrit à Fernand TIRBISCH, qu'il sait avoir été emprisonné avec François PENGAM à Pontaniou.

 

 

 

Fernand TIRBISCH (1924-1986, Berg, 57) a été l'un des derniers à pouvoir échanger avec François PENGAM à Pontaniou avant son exécution.

 

 

Enrôlé malgré lui dans l'armée allemande, ce jeune mosellan, est affecté à Châteauneuf du Faou (29)

 

« Transport Chalons sur Marne nach Brest 25 février 1944 », F. TIRBISCH deuxième à gauche

 

En mars 1944, dans le Finistère, il déserte l'armée allemande et reçoit le soutien de résistants de Châteauneuf du Faou (le secrétaire général de la mairie, le photographe, le tailleur...); vite repris par les services spécialisés allemands, il est incarcéré à Pontaniou.

Vers la fin de la guerre, après différentes péripéties, il rejoint les troupes alliées américaines au Luxembourg. Après la guerre il fait carrière à l'usine sidérurgique UCPMI de Hagondange, et est correspondant local du journal « Le Républicain Lorrain »

 

Transcription de la réponse de Fernand TIRBISCH :

 

Tirbisch Fernand-Nicolas

7, rue Jean Jaurès

HAGONDANGE

 

 

Hagondange, le 23 Août 1948

 

 

Cher Monsieur Pengam

 

 

Je m’empresse de faire réponse à votre lettre que mes parents m’ont transmise. En 1945, aussitôt après mon rapatriement, je vous avais écrit quelques mots, ils n’ont pas dû vous parvenir. Il est exact que j’ai parlé quelques mots avec votre fils François, avant sa mort héroïque et vraiment courageuse. Comme beaucoup de jeunes lorrains, j’étais enrôlé de force dans l’armée allemande, et j’étais enfermé depuis avril 1944 à Pontaniou pour désertion. Après deux mois de cellule, les brutes me faisaient sortir journellement 2 à 3 heures pour faire quelques travaux et dans de rares occasions l’interprète. C’est ainsi que j’ai connu votre fils.

 

Cela se savait tout de suite entre les détenus qu’il y avait un jeune lorrain à qui on pouvait faire confiance et je faisais de mon mieux pour passer un mot des familles à leur détenu. Aussitôt que votre fils était à Pontaniou, j’ai entendu dire les allemands entre eux que son cas était « liquidé », cela voulait tout dire.

 

Comme il était du même âge que moi et que j’étais dans une situation également désespérée, j’avais pitié de lui et ai pu lui placer à l’improviste 2 ou 3 paroles de consolation.

 

Quelques jours plus tard il a passé devant un tribunal de guerre (sur lequel je ne puis à mon regret vous donner aucune indication, il était continuellement composé d’autres membres et je n’ai jamais pu savoir le nom des officiers)

 

Dans la soirée il a été prévenu qu’il serait fusillé, j’étais justement en bas et je puis vous assurer que sa conduite et son courage en cette circonstance m’ont par la suite été un modèle et m’ont aidé à supporter les durs moments à venir.

 

Il a encore mangé quelque chose, fumé une cigarette et écrit deux lettres qu’un adjudant chef nommé Frenzel de Leipzig, une vraie brute, a déchiré par la suite.

 

François a écrit ces lettres sans trembler et d’une écriture parfaite, je l’admirais. Nous avons parlé quelques phrases ensemble, les allemands me demandaient ce qu’il disait, je répondais qu’il voulait une autre cigarette ou autre chose, mais François m’avait demandé « il n’y a pas un moyen pour se sauver ». Que voulez-vous que je dise dans un cas pareil, j’étais moi même un pauvre détenu, très surveillé et mon sort tenait aussi à un fil. Les mois avant j’avais réfléchi «que faire s’ils te condamnent », il n’y avait qu’un moyen, qui pouvait réussir 1 fois sur 100, sauter de l’auto en route, qui allait vers le champ de tir. C’est ce que je lui disais. Mais il savait l’impossibilité de cette chose.

 

J’ai pu lire vaguement quelques mots de ses lettres, courage à ses parents, ne pas s’en faire pour lui, et si je ne me trompe pas une pensée pour son frère en Autriche (aviez-vous un fils en Autriche à ce moment).

 

Votre fils a demandé un prêtre et ne trouvant pas de curé allemand, les brutes ont été chercher un prêtre français de Brest même, qu’ils ont surveillé, ils avaient peur que François lui dise le ou les nom de ses bourreaux.

 

Vous savez, M. Pengam, il est assez difficile de vous écrire ainsi dans cette lettre, de vous parler de votre fils et de vous remémorer ces jours sinistres, mais je fais de mon mieux.

 

Donc François a été emmené; quelques jours plus tard j’ai entendu que cet adjudant (qui a déchiré les lettres) disait que ce sale français avait crié «Vive la France» en mourant. Encore une fois, je peux vous certifier que votre fils est mort très courageusement, il était très résigné pendant ses dernières heures et que sa mort héroïque était vraiment un exemple.

 

Pour mieux vous remémorer ces dernières heures, il faudrait pouvoir vous parler de vive voix et j’espère qu’il me sera donné une fois de venir jusqu’en Bretagne. J’ai encore connu M. Roland de Landerneau ainsi qu’un M. Leclech de Brest qui étaient également à Pontaniou. Moi-même après Brest, j’étais à Fresnes et puis incorporé dans un bataillon disciplinaire et après avoir été libéré, j’ai pu au prix de mille dangers rejoindre les lignes alliées en Belgique.

 

 

 

Remerciements à Guy TIRBISCH, fils de Fernand, pour les documents transmis

 

 

 

La Prison de Pontaniou

 

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